samedi 8 novembre 2008

Les couches du sens logique

Continuons sur notre lancée en précisant un peu le sens logique. Reprenons l'exemple du texte écrit sur une feuille. Le wetware donne à cet feuille un sens de texte, mais ce n'est pas si simple que ça. Vous y voyez un texte, mais vous voyez aussi autre chose. La feuille est avant tout une feuille et c'est cette feuille qui porte le texte. Avant d'identifier le texte, on identifie la feuille. Cela crée un cadre qui conditionne la manière dont on perçoit son contenu, à savoir le texte.

Maintenant, demandons-nous quel sens une personne ne sachant pas lire donnerait à ce texte. Je vais même aller plus loin et prendre plutôt une personne pour qui l'écriture n'existe pas. Cela va bien plus loin que l'analphabétisme ou l'illetrisme. Je parle ici d'une personne dont la langue maternelle n'existe pas sous forme écrite et qui n'a jamais été confronté à l'écriture. Une personne peut ne pas savoir lire mais savoir identifier un texte, sans pouvoir le lire. Le simple fait de dire qu'on ne sait pas lire implique de savoir identifier un texte et donc de savoir ce qu'est la lecture et l'écriture.

Une personne qui n'a jamais été confronté à l'écriture verra une feuille, mais pas de texte. Plus précisément, elle verra une feuille sur laquelle il y a des tâches d'encre formant des signes. On trouve deux couches de sens (deux niveaux d'information), le fait que ce soit une feuille et le fait qu'il y aie des signes sur cette feuille. A partir de là, il devient évident que ces deux couches existent également pour une personne qui sait lire, pour nous en fait (fatalement, si vous lisez ça, c'est que vous savez lire). Nous ajoutons une couche de sens supplémentaire, celui d'un texte.

J'insiste sur le terme "ajouter". La nature de feuille de papier est portée par l'objet lui-même, de même que les signes. Même en n'ayant jamais vu de feuille papier de sa vie, on peut comprendre ce que c'est la première fois qu'on en rencontre une. C'est un objet avec une certaine taille, une certaine texture, une certaine odeur, un certain son. De même, on peut identifier la présence de signes, même si on ne les comprend pas. Par contre, il faut certaines connaissances pour identifier le texte. Il faut que le lecteur apporte quelque chose pour accéder à ce sens.

Le texte est tellement ancré dans notre culture, nous avons tellement appris à identifier les lettres que nous avons oublié qu'elles ne sont que des dessins. Dans "Le 13e guerrier", Buliwyf, chef viking, parle de "dessiner les sons". Nous, lettrés, donnons un sens particulier à ces dessins. Se placer dans la tête de ceux qui ne connaissent pas l 'écriture est difficile. Ils n'ont naturellement pas de mot pour "écrire", "lire" ou "lettre".

Dans le sens qu'on perçoit dans un objet "feuille de papier avec du texte", on peut distinguer trois couches:
  • l'objet lui-même
  • les signes
  • le texte
Les deux premières se détachent du troisième car elles sont portées par l'objet lui-même. Elles ne nécessitent pas une connaissance de la part du lecture. On peut ainsi distinguer le sens physique du sens logique. Mais cette distinction n'est pas utile pour mon propos. Ce billet avait pour objectif de détailler le fonctionnement du sens logique. Il serait possible de pousser la réflexion, d'identifier les paragraphes, les phrases, les mots... L'essentiel a été dit et c'est suffisant pour l'étape suivante:
  • l'omniciel et les uniciels

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